Je ronchonnais vivement contre les matins chagrins de Cro-Mignonne la semaine dernière.
J'avais bien soupçonné la manœuvre pour attirer l'attention sur quelque chose qui n'avait rien à voir avec l'heure de se lever ou la vitesse d'absorption de sa tartine, et bêtement, je pensais plus aux changements autour d'elle, dans sa sphère familiale.
Le ton est monté, un peu, beaucoup. Je lui ai reproché de faire des promesses pour acheter la réconciliation et de ne pas les tenir.
Ce n'était pas tout à fait ça. Elle faisait des promesses parce qu'elle voulait vraiment pouvoir les tenir. Oui mais voilà. C'était plus grand qu'elle.
Cro-Mignonne s'est fait taper dessus, à l'école. Apparemment il y a cette bande de garçons qui l'enquiquinent, régulièrement. Et là, au début de la semaine dernière, c'est passé à de la violence physique. Organisée de façon telle qu'on se demande ce que ces enfants ont eu à voir comme spectacle...
De deux bleus elle m'avait dit qu'elle les avait faits en tombant. Et elle n'a pas osé dire, pas osé demander de l'aide. Elle qui a été si peu confrontée à la violence physique, je l'imagine fort bien ne pas comprendre ce qui lui arrivait, attendre que ça s'arrête.
Alors c'est sorti, finalement.
Vendredi matin c'était encore la marche à reculons, elle avait peur, sans doute, que je n'ai pas assez "accusé réception" de ses mots. On a parlé du fait que quand on sait qu'on ne pourra pas les tenir, on ne fait pas de promesses. Et que je pouvais être fâchée contre un morceau de son comportement, mais de son côté quand même, prête à la défendre, toujours, à l'aider à se défendre...
Vendredi matin j'ai parlé au directeur du centre de loisirs, qui est tombé des nues. Qui a fait le job, pendant la journée, de recouper, sanctionner. Au moins l'une des maîtresses concernées a suivi.
Tout le monde a assuré Cro-Mignonne de son soutien, elle a vu sous ses yeux les adultes prendre en compte, avec gravité, ce qui lui était arrivé.
Vendredi, je suis partie plus tôt pour venir la chercher dès la sortie des classes. Sans l'avoir prévenue. Pour marquer le coup, pour me montrer, pour vérifier ce qui s'était passé. Pour lui faire plaisir et lui dire en actes que j'étais là.
Vendredi soir son père est venu la voir, ils ont parlé.
Elle va mieux. Elle verbalise. Elle rit. Elle disait, ce matin, se sentir contente d'aller à l'école. Ne pas savoir comment ça se passerait, mais savoir quoi faire si ça devait recommencer (et j'espère bien que non). Elle a l'air d'aller bien, même.
Et moi tripes nouées, cauchemardeuse de ce qu'elle a subi. De ma colère en plus de ce qu'elle endurait.
Et elle, si petite et déjà confrontée à des bribes odieuses de la réalité du monde dans son ensemble...
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