Ce matin, quelqu'un s'est pointé juste après moi sur le rooftop. J'étais en train de photographier la tour Eiffel pour ma mère (oui, le matin, c'est comme ça. Certaines photos, je sais au moment où je déclenche pour qui elles sont, dans mon cercle extrêmement restreint de personnes à qui j'envoie un bout de mes photos matinales).
On a parlé quelques minutes, de la lumière qui change tous les jours, des coins d'ombre, des zones planquées qu'on découvre à la faveur d'une fenêtre allumée.
Ça m'a vraiment plu, cet hiver, d'aller traquer la lumière dans le sombre, de jouer avec la lumière bleue, la grise, les aubes flamboyantes, certains jours. J'ai progressé en exposition, j'ai découvert que la bonne façon pour moi de bosser c'est d'utiliser la mesure spot de mon appareil photo (ça dépite beaucoup de gens pour qui c'est une mesure "étrange" mais je ne suis pas à une bizarrerie près). Que parfois j'ai la flemme de corriger le bruit après et qu'on s'en fout.
Je me disais en souriant que j'allais m'emmerder, au printemps.
(Non).
En revanche, j'ai passé la fin d'automne, début d'hiver plus facilement, d'un point de vue physiologique, que d'autres années. Habiter le sombre et l'éclairer ce qu'il faut, voici mon remède secret contre la dépression saisonnière ?
Nul ne peut ignorer que j'aime beaucoup le travail de Jim Jarmusch, aussi bien au cinéma qu'en musique.
Aujourd'hui est également le mercredi sur deux qui voit mon fils le plus jeune passer l'après-midi et la nuit chez son père.
Je m'voyais déjà[1] aller au bureau aujourd'hui plutôt que demain et me jeter dans le cinéma au lieu de rentrer directement. Me délecter (j'espère) de ce film dès ses premières heures sur les écrans. Me faire plaisir, en somme.
Or, nous sommes en télétravail d'office pour cause de neige. Et mon boss nous a, de toute façon, calé une réunion qui terminera à l'heure du début du film. Fatalitas.
Je vais donc me venger de ma frustration en riant de celle des autres.
Bien souvent, si le film a fait son job, j'émerge d'une séance un peu ailleurs, parfois très émue, à quelques pas du monde réel. Il faut m'ébrouer un peu pour revenir dans la réalité.
Et, grand merci à mes voisins de salle obscure, ce sont souvent les autres spectateurs qui m'aident par des remarques étranges lancées en fin de film.
J'aime particulièrement celles qui surgissent après un film prenant à fin dite ouverte.
Une parenthèse s'impose. Je ne suis pas sûre qu'il existe de fins fermées.
Prenons un exemple dans la fiction avec la fin bien bien "fermée" où l'autrice explique tout, résout tout ou à peu près : Harry Potter. On sent la meuf qui a un sacré problème de contrôle sur son œuvre car les gentils ont leur destin heureux tracé, les moyens leur rédemption, les méchants sont morts ou emprisonnés, les mystères résolus (on se fout un peu de savoir si Harry était dans une transe magique ou mort l'espace d'un instant). On connaît les unions stabilisées, les noms de leurs descendants, les métiers et apparences de chacun. Il n'y a guère que la couleur des charentaises des héros vieillissants qui n'est pas décrite. Or pour moi la question reste posée : comment vit-on un destin fantastique entre 10 et 18 ans et puis pof. Retour à la vie quasi normale ? Sans une trace ? Sans une envie d'en découdre qui chatouille un peu au creux du ventre ? Sans en vouloir toujours plus ? Héros un jour, messieurs et mesdames normalité pour le reste de leur vie ?
Non, ça me paraît impossible. Il y a forcément des aspirations, des traumas résistants, des gratitudes étranges et des rancunes qui viendront parsemer le tortueux chemin de ses personnages. Cette fin semble fermée mais permet surtout à l'autrice de verrouiller des "suites" non autorisées, voilà ce que j'en dis.
À l'inverse, les fins dites ouvertes disent surtout des choses de notre imagination, du bien qu'on veut ou pas aux personnages.
Le rôle de l'art, pour moi, est de poser des questions, pas nécessairement d'y répondre. D'ouvrir une fenêtre, un chemin que je vais emprunter. Or donc si tout n'est pas réglé, je m'en débrouille (je concède que c'est un peu plus compliqué dans la vie, de n'avoir que des questions sans réponses, ou des réponses dont on sent qu'elles ne sont pas "les bonnes" sans qu'on puisse rien y faire).
Parenthèse fermée.
Or donc, aux premières secondes du générique, on entend très souvent les gens s'exclamer de frustration. L'autre jour, la salle applaudissait la fin de Love Me Tender.
Attention, si vous voulez voir ce film et n'avez pas lu le livre, la suite contient un spoiler.
Je vous laisse une dernière chance de vous arrêter là ! Ici. Maintenant. Vraiment, je vous demande de vous arrêter ![2]
Trop tard.
La salle applaudissait et ma voisine de s'exclamer : mais je voulais qu'elle le retrouve, moi !!
En l'occurrence, j'imagine que l'un et l'autre des protagonistes concernés dans la vraie vie sont encore vivants et que rien n'est donc définitif.
Dans la fiction, on sent un renoncement, mais rien n'empêche personne de se dire que paf ! Dix minutes après le clap de fin de la dernière scène, ou juste après la sortie du livre / du film, que sais-je ?, un élément bouleversant s'est produit et bim. Retour de l'être aimé, possibilité de payer en poulets et lapins la consultation.
C'est juste une question d'imagination, de choix, de se raconter la fin d'histoire qui nous fait du bien.
Même réaction à a fin de Les enfants vont bien. Presque mot pour mot (et c'est d'autant plus drôle que j'ai vu les deux films le même jour, l'un après l'autre. Mais mes voisines frustrées n'étaient pas les mêmes personnes.)
Deuxième spoiler alert, si vous n'avez pas vu le film mais avez l'intention de, blablabla, stop.
Je saute une ligne pour vous donner le temps de l'inertie.
C'est bon ?
"Mais je voulais savoir si elle revenait !"
Oui, ils me font rire, les cinéphiles frustrés avec leurs "je voulais".
Ben raconte-toi la suite de l'histoire qui te fait du bien.
Je ne vous raconte même pas les remarques à la fin de Sirat. Putain. Moi en état de sidération avancée et un bon tiers de la salle à faire des remarques improbables. Leur forme à eux de sidération, probablement.
Ils me font rire d'une moquerie un peu acide, mais pleine de tendresse, toutefois.
C'est souvent grâce à eux que je secoue les brumes dans lesquelles le film m'a fait entrer et que je trouve en moi ce qu'il faut pour reprendre le cours de ma vie.
Notes
[1] Ne me remercie pas pour la chanson dans la tête, c'est cadeau !
[2] Oui, réf de vieux, mais y a-t-il des jeunes qui passent ici ?
Sur la longue liste des défauts qu'on trouve aux mères, j'en ai un majeur : je n'ai jamais de mouchoirs, ni en papier, ni en tissu, sur moi. Ou, quand j'en ai, ils disparaissent en un clin d'œil, un peu comme l'argent liquide (j'en ai, j'en ai plus : où est-il passé ?) pour revenir à ma situation naturelle : pas de mouchoirs[1].
Et puis je me suis porté la poisse. J'ai prononcé les mots fatidiques : je ne pleure pas beaucoup dans la vie. Le lendemain (et c'est vraiment le lendemain que ça a commencé), il se trouve que j'ai commencé à pleurer beaucoup plus souvent dans la vie.
Malheureusement pas parce que je suis entrée dans un bain de larmes heureuses comme le gars Éluard.
La poisse.
Toujours sans mouchoirs.
Alors j'ai pris l'habitude de ramasser et d'entasser au fond de mes poches des serviettes en papier, des feuilles de sopalin.
Ça permet de tendre, sans un mot, de quoi se moucher et se retaper le maquillage à une dame en larmes en face de moi, dans le métro.
De dépanner une vieille dame dans les toilettes du ciné, parce qu'il y avait bien du papier toilette, mais avantageusement (non) coincé à l'intérieur du distributeur.
Vous voyez la suite venir, je n'ai donc jamais quoi que ce soit sur moi au moment où ces foutues larmes décident de sortir de mes yeux pour aller se promener le long de mes joues.
Peut-être qu'un jour je n'en aurai plus besoin et que ça fera apparaître par miracle des mouchoirs, ou autres succédanés, dans mes poches ?
Note
[1] Oui mais un jour j'ai été victime d'une absence de mouchoirs parce que je les avais filés à mon écrivain irlandais vivant préféré et ça, c'est la classe totale.
(Il est 17h27 et je regarde le ciel orange et gris, la nuit n'a pas encore complètement gagné. Ça ne décolle pas complètement le blues qui me tient pour aucune raison précise, mais c'est beau, alors je prends une minute pour regarder).
Je parlais l'autre jour d'un cadeau que je me suis fait ; il est depuis quelques jours en ma possession, l'heure de la révélation a sonné.
J'avais déjà eu le grand plaisir de faire faire un cadeau par Alain et le plaisir des échanges au moment de la création du sceau en question m'avait réjouie. Plaisir d'offrir doublé, donc.
Mais aussi envie d'en avoir un à moi.
Alors quand il a enfin fini par récupérer les pierres idoines, je me suis lancée.
On se connaît depuis longtemps, avec Alain, mais pas encore très bien. Je lui ai donc suggéré d'enquêter sur les terres Bigoudènes, afin de voir si certaines Drama Kouigns de notre connaissance, en l'occurrence Kozlika et Alana n'auraient pas quelques idées à lui souffler pour les caractères qui formeraient, non pas ma signature, mais mon sceau.
Et c'est ainsi que le sceau fut. Et que mes entraînements ont commencé.
Je copie-colle ici le message d'Alain, qui est bien sûr cordialement invité à préciser, expliquer et toutes ces sortes de choses :
Dans la colonne de droite, c’est le mot « soleil » ou « lumière du soleil » 陽光.
Dans la colonne de gauche, c’est « soleil joyeux » 樂的太陽.
(Et on voit qui sont les vraies amies pour me trouver quelque rapport avec la luminosité ces derniers mois, mais c'est sans doute pour ça que je les aime tant).
Dûment briefée par mon mentor ès sceaux, je me suis portée acquéreuse via les plus sombres canaux des internets de la pâte de qualité qui irait bien (et dont l'odeur est effectivement évocatrice !). Et le fameux projet avance.
D'ailleurs le ciel est d'un bleu vert orangé surréaliste et il fera nuit bientôt, j'ai encore quelques pages d'écriture à produire, je file, j'ai du travail.
Je me suis fait l'autre jour un cadeau, mais ça n'est pas moi qui le fabrique. Et il a été l'objet de contributions extérieures afin que je puisse avoir une surprise.
Ce cadeau, j'en avais envie depuis longtemps, l'idée m'en trottait dans la tête (j'en ai offert un, similaire mais évidemment[1] pas identique, je ne saurai jamais s'il a touché son but, mais pour le mien, c'est un grand oui. Enfin je ne l'ai pas encore vu en vrai, mais je sais.
Depuis quelques jours, je rêve au moment où il sera dans mes mains. Je sais déjà que cet objet a une particularité, très étonnante, il permet la multiplication des cadeaux. Un truc un peu surprenant (quand on me connaît, pas tant.)
Me voici donc lancée, pleine d'enthousiasme, dans un projet, avec des morceaux à assembler, des emplettes à faire, des listes à établir, des mots à écrire.
Tout ça pour un tout petit club d'une dizaine de personnes que je vais voir les uns et les autres dans les... mettons, trois prochains mois ? (Environ, suggestion de présentation, il en est dont je ne suis pas sûre).
Je crois que je ressemble d'assez près à mon fils sur cette photo, en ce moment.
Je ne sais pas comment ces cadeaux seront reçus et appréciés, tout ce que je peux dire, c'est qu'ils seront pleins de moi. Et je n'en dis pas plus car je meurs d'envie de tout raconter !
Voilà, pour la musique, c'est facile, c'est ma chanson de Noël préférée.
(Tous les ans je pleure de rire devant. "We are the rennes, we are the rennes !")
Note
[1] Vous comprendrez le pourquoi de cet "évidemment" lors du reveal.